IA dans l'éducation et la formation : 10 cas d'usage pour les établissements et le cadre à connaître (2026)

IAvenir

November 2, 2026

8 min de lecture

IA dans l'éducation et la formation : 10 cas d'usage pour les établissements et le cadre à connaître (2026)
En bref : dans un établissement d'enseignement ou de formation, l'IA générative ne remplace ni l'enseignant ni le formateur, mais elle allège tout ce qui les entoure : préparation des supports, quiz, courriers aux familles, réponses aux candidats, veille, recrutement. Dix tâches y sont déjà outillables sans projet informatique. Trois cadres s'imposent : le cadre de référence de l'Éducation nationale, la protection des données (RGPD, CNIL) et l'AI Act, dont les obligations pour les usages à haut risque, éducation comprise, sont reportées au 2 décembre 2027.

Un secteur où l'usage a devancé les règles

Dans les grandes écoles, l'IA est déjà entrée dans les pratiques. Selon l'enquête de la Conférence des grandes écoles (commission Numérique), menée en juin et juillet 2025, publiée fin 2025 et réalisée auprès de 5 069 répondants (3 924 étudiants, 1 018 enseignants, 127 directions générales), 75 % des étudiants, 52 % des enseignants et 62 % des directions déclarent utiliser l'IA régulièrement. Mais 58 % des étudiants et 73 % des enseignants disent que leur établissement n'a pas de charte, et 36 % des enseignants et 20 % des étudiants déclarent avoir reçu une formation à l'IA générative, alors que 55 % et 51 % des directions disent en proposer. Côté pilotage, 56 % des établissements ont une gouvernance de l'IA et 23 % une stratégie formalisée.

Du côté des étudiants, une enquête Ipsos bva réalisée pour l'école d'ingénieurs EPITA du 2 au 8 janvier 2026 auprès de 1 000 étudiants, publiée le 5 février 2026, indique que 94 % ont déjà utilisé l'IA, 48 % chaque jour, et que 47 % reconnaissent l'utiliser pour leurs devoirs même quand c'est explicitement interdit. Ce sont des chiffres déclaratifs, issus d'une enquête commandée par un établissement privé.

Ces enquêtes portent sur l'enseignement supérieur. Nous n'avons pas trouvé de chiffres solides pour les CFA et les organismes de formation : le constat vaut donc surtout comme signal. L'usage est là, la règle du jeu l'est moins.

Les pouvoirs publics avancent. Dans le secondaire, le parcours Pix IA est rendu obligatoire en 4e, en 2de et en première année de CAP selon le Bulletin officiel du 5 février 2026, avec plus de 1,5 million d'élèves concernés par an. Dans le supérieur, un partenariat entre le ministère, l'Amue et Mistral AI, annoncé en juin 2025, a démarré avec 21 établissements volontaires ; 72 établissements se disaient intéressés en février 2026 selon un diaporama de l'université d'Aix-Marseille. Nous n'avons trouvé aucun bilan chiffré publié. Côté école privée, NEOMA Business School a annoncé en avril 2025 la mise à disposition du Chat de Mistral à plus de 3 000 membres de sa communauté pendant six mois : ce sont des usages annoncés, pas un bilan.

Cet article s'adresse aux écoles privées, aux CFA, aux organismes de formation et aux établissements du supérieur. Pour la fonction RH, voir notre guide IA et ressources humaines.

Dix cas d'usage sans projet informatique

Pédagogie et préparation des cours

1. Préparer des supports et des trames de séance. À partir de vos propres plans et documents, l'IA propose une structure, des exemples et des reformulations. L'enseignant ou le formateur garde la maîtrise du contenu et vérifie chaque information.

2. Créer des quiz et des exercices de révision. QCM, cas pratiques, questions ouvertes à plusieurs niveaux : l'IA produit une première version en quelques minutes, que l'enseignant relit et corrige. Les réponses proposées se vérifient toujours.

3. Adapter un contenu à un public. Simplifier un texte, le reformuler pour un niveau plus accessible, préparer une version courte pour une session de rattrapage : l'IA fait gagner du temps sur l'adaptation, pas sur la validation.

4. Rédiger des consignes et des grilles d'évaluation. L'IA aide à formuler des critères clairs et des consignes sans ambiguïté. La correction et la notation restent humaines : la CNIL recommande de ne pas déléguer l'évaluation à l'IA.

Relation avec les candidats, les familles et les partenaires

5. Répondre aux questions récurrentes. Inscriptions, calendrier, financement, pièces à fournir : l'IA prépare des réponses types, relues avant diffusion, sans données personnelles dans la demande.

6. Rédiger les courriers et les communications. Courriers aux familles, information aux apprenants, lettre d'actualité, publications sur les réseaux sociaux : l'IA aide à tenir un rythme régulier, sur des sujets que vous choisissez et validez.

7. Synthétiser les retours des apprenants. Enquêtes de satisfaction, commentaires libres : l'IA dégage les thèmes qui reviennent, à partir de réponses anonymisées. La décision reste celle de l'équipe pédagogique.

Organisation et pilotage

8. Faire la veille réglementaire et pédagogique. Textes, notes de service, publications : l'IA résume et propose une note interne. La vérification sur la source officielle reste indispensable.

9. Documenter les procédures. Règlement intérieur, livret d'accueil, procédures qualité : l'IA met en forme et harmonise vos documents existants, que le responsable relit. C'est utile notamment aux organismes certifiés Qualiopi : voir notre guide sur la formation IA et Qualiopi.

10. Recruter et accueillir enseignants et vacataires. Annonces, trames d'entretien, livret d'accueil : l'IA rend le recrutement plus réactif. La sélection des candidats reste humaine, et elle doit le rester (voir la section AI Act).

Quels outils, et que disent les éditeurs ?

Les pages officielles ne précisent pas toujours la disponibilité en France ni les conditions pour les mineurs : demandez-le par écrit avant tout déploiement. Ce que nous avons pu confirmer :

  • Microsoft 365 Copilot Chat : disponible pour les utilisateurs Microsoft 365 éducation de 13 ans et plus, avec un compte scolaire ou professionnel et une protection des données d'entreprise, sans licence Copilot supplémentaire, activé par l'administrateur (disponibilité générale en août 2025). La disponibilité propre à la France n'est pas détaillée.
  • Gemini dans Google Workspace for Education : ouvert à tous les utilisateurs en juin 2025, avec des règles de contenu plus strictes pour les moins de 18 ans. La documentation actuelle de Google mentionne toutefois une offre complémentaire réservée aux 18 ans et plus : vérifiez dans la console d'administration ce qui s'applique à vous.
  • ChatGPT Edu : OpenAI indique qu'aucune donnée ni conversation n'est utilisée pour entraîner ses modèles. La page ne précise ni la disponibilité en France, ni l'hébergement des données, ni l'âge minimum.
  • Claude for Education : lancé en avril 2025 d'après une analyse sectorielle. Anthropic indique n'utiliser les données pour améliorer ses modèles qu'avec l'accord de l'utilisateur. La disponibilité en France n'est pas précisée.
  • Mistral : mis en avant dans les pilotes publics et chez NEOMA comme option souveraine. Nous n'avons trouvé ni offre éducation publique ni conditions pour les mineurs.

Ce qui encadre l'IA en établissement

Le cadre d'usage de l'Éducation nationale

Publié le 14 juin 2025 après une consultation de plus de 500 contributions, le cadre d'usage de l'IA en éducation repose sur cinq principes : vérifier l'intérêt pédagogique, protéger les données saisies dans les outils grand public, tenir compte de l'impact environnemental, être transparent sur ses usages et garder un esprit critique. Il assimile à une fraude un devoir réalisé avec l'IA générative sans autorisation explicite et sans travail personnel d'appropriation, et tolère les services grand public tant qu'aucune donnée personnelle ou sensible n'y est saisie.

Ce document est écrit pour l'école, le collège et le lycée. Il ne précise pas son application aux établissements privés ni à l'enseignement supérieur : prenez-le comme une référence utile pour rédiger votre propre charte, pas comme une obligation établie pour votre structure.

Le RGPD et la CNIL

La CNIL a publié le 20 juin 2025 deux foires aux questions sur l'usage de l'IA à l'école, dont une destinée aux responsables de traitement, comme les chefs d'établissement. Ses recommandations visent l'école, le collège et le lycée, mais elles se lisent comme de bonnes pratiques pour tout établissement qui traite des données d'apprenants :

  • Associer le délégué à la protection des données (DPO) dès le départ.
  • Faire une analyse d'impact (AIPD) : elle est en principe requise pour les traitements concernant des mineurs.
  • Informer les élèves et les parents de façon adaptée à l'âge. Le consentement est généralement inadapté, à cause du déséquilibre entre l'établissement et l'élève.
  • Vérifier que l'éditeur ne réutilise pas les données pour améliorer ses services, et encadrer strictement les transferts hors de l'Union européenne.
  • Ne pas déléguer l'évaluation ou la notation à l'IA et éviter les détecteurs de contenus générés par IA, que le ministère déconseille.

L'AI Act

Le règlement européen sur l'IA a été modifié par le règlement (UE) 2026/1744, publié au Journal officiel le 24 juillet 2026 et entré en vigueur le 27 juillet. Les obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III, qui couvre notamment l'éducation, s'appliqueront à partir du 2 décembre 2027, au lieu du 2 août 2026. Un outil utilisé pour évaluer des apprenants, décider d'une admission ou surveiller des examens peut relever de cette catégorie ; les usages décrits plus haut (préparation de supports, quiz, courriers) n'ont pas ce rôle.

Deux règles s'appliquent déjà depuis le 2 février 2025. Les organisations qui utilisent l'IA doivent agir pour développer la maîtrise de l'IA de leurs équipes : depuis l'Omnibus, il s'agit de prendre des mesures pour soutenir cette maîtrise, et non plus de garantir un niveau suffisant. L'obligation reste en vigueur, sous une forme assouplie. Par ailleurs, l'inférence des émotions est interdite dans les lieux de travail et d'enseignement ; la portée exacte de cette interdiction pour la formation professionnelle reste discutée.

Les garde-fous à poser dès le départ

  • Pas de données d'apprenants dans un compte gratuit. Il faut une offre professionnelle ou éducation avec engagement de non-entraînement, ou des données anonymisées.
  • La note et l'évaluation restent humaines. L'IA peut aider à formuler un critère, pas à décider d'un résultat.
  • Transparence. Dites quand l'IA a servi à préparer un support, et précisez ce qui est autorisé aux apprenants, devoir par devoir.
  • Vérification systématique. Un chiffre, une date ou une référence produits par l'IA se contrôlent sur la source.
  • Un référent IA identifié. Une personne suit les outils autorisés, les règles d'usage et les retours des équipes.

Par où commencer

  1. Un état des lieux sans sanction. Qui utilise quoi aujourd'hui, avec quel compte et sur quelles données, côté enseignants, formateurs et administration.
  2. Une charte d'une page. Outils autorisés, données interdites, règles pour les apprenants, relecture obligatoire de tout ce qui sort de l'établissement.
  3. Une formation sur vos propres documents. Vos supports, vos courriers, vos grilles. L'objectif est double : le réflexe d'usage et le réflexe de vérification.
  4. Un pilote sur une tâche. Souvent les réponses aux questions récurrentes ou la préparation de quiz : des volumes réguliers, un gain visible, un risque maîtrisé.

Combien ça coûte, et comment c'est financé

Une journée de formation IA pour une équipe de 6 à 12 personnes est facturée 2 400 € TTC, et un parcours de deux jours 4 300 € TTC. Selon votre convention collective, l'OPCO compétent varie : la formation s'inscrit dans le plan de développement des compétences, dès lors que l'organisme est certifié Qualiopi. Renseignez-vous auprès de votre OPCO ou consultez notre guide du financement OPCO d'une formation IA.

Pour aller plus loin

Vous dirigez un établissement ou un organisme de formation ?

IAvenir forme les équipes pédagogiques et administratives sur leurs propres documents, avec les contraintes du secteur : données des apprenants, évaluation, transparence. Toutes nos formations sont certifiées Qualiopi et réalisables sur site, partout en France.

Prenez rendez-vous gratuitement : 30 minutes pour identifier les usages pertinents pour votre établissement et le programme adapté.

Sources